
Début 2022, Gérard Vaiana avait rendu public le déversement illégal de plusieurs tonnes de déchets entassés dans un ancien hangar militaire dans le 10e arrondissement de Marseille. Quant à Jean-Yves Sayag, un autre citoyen marseillais excédé, il publie régulièrement des photos et des vidéos à ce sujet. Des membres d’associations de quartier ou écologiques recherchent de leur côté des preuves pour retracer les fauteurs de troubles. Malgré ces actions, les enfouissements continuent de se multiplier dans les terrains privés, les rues, les sites naturels, voire directement la Méditerranée. À quels risques sont exposés les habitants de la cité phocéenne qui côtoient ces poubelles à ciel ouvert ?
Ordures laissées à l’abandon : une nuisance visuelle et olfactive
Les personnes qui vivent autour de dépôts de déchets sauvages se plaignent de la laideur de leur environnement, mais aussi des odeurs nauséabondes qu’ils dégagent. C’est le cas d’une zone en friche appartenant à l’État à Frais-Vallon qui s’est transformée en décharge après l’incendie d’un bidonville. Depuis ce sinistre, des entreprises du BTP viennent déverser leurs ordures au pied des immeubles afin de s’éviter les frais obligatoires des déchèteries publiques.
Dans certains lieux, ces nuisances s’accompagnent également d’un sentiment d’insécurité, comme dans le quartier des Crottes à Marseille. En effet, la partie clandestine du marché aux puces mêle vendeurs à la sauvette laissant des déchets le long de rues entières et trafiquants de drogue. Les habitants expliquent se sentir dans des zones de non-droits, abandonnées par les pouvoirs publics.
Les risques sanitaires des décharges sauvages à Marseille
Mais au-delà du désagrément, ces montagnes de déchets sont un risque pour l’ensemble des citoyens. D’une part, les ordures attirent des animaux nuisibles comme les rats. Mais elles peuvent aussi avoir un effet direct sur la santé des individus, notamment lors d'incendies.
En décembre 2021 par exemple, une décharge sauvage a pris feu à Saint-Chamas. Ce dernier n’a pas pu être noyé par les pompiers afin de ne pas polluer les nappes phréatiques. Pendant plusieurs jours, des fumées toxiques se sont donc dégagées entraînant des difficultés respiratoires et des maux de gorge chez certains habitants. Mais qui sait quelles autres pathologies plus pernicieuses elles peuvent engendrer ? De même, il arrive que les entreprises du BTP se débarrassent de matériaux contenant de l’amiante étant donné que le dépôt en déchèterie est complexe et représente un coût élevé. Or, les expositions à l’amiante peuvent causer des cancers ou des maladies pulmonaires.
Un désastre écologique
À plus grande échelle encore, les déchets sont à l’origine de catastrophes pour l’environnement. Avec le vent et la pluie, les substances chimiques non traitées se déversent jusque dans la Méditerranée polluant les sols et l’eau.
Les plastiques répandent des matières toxiques qui s’y accrochent, tuent des animaux qui les avalent ou s’y entravent et se désagrègent en microparticules. Celles-ci se retrouvent ensuite dans nos estomacs lorsque nous mangeons du poisson, des algues ou des crustacés et perturbent notre système endocrinien. Il en est de même pour les métaux lourds issus de déchets industriels.
Ajoutons que certains propriétaires acceptent contre rémunération d’enfouir des détritus dans des terrains agricoles. Les légumes se trouvent ainsi contaminés puis consommés. De plus, les produits toxiques peuvent s’infiltrer dans le sol, jusque dans les nappes phréatiques.
Que dit la loi à propos des dépôts sauvages dans la métropole d’Aix-Marseille-Provence ?
Selon la loi, les maires sont responsables de la gestion des déchets et de la salubrité de leur ville, ce qui leur donne des pouvoirs de police administrative. Le droit distingue cependant les dépôts sauvages, non organisés, et les décharges sauvages qui proviennent d’exploitants et qui sont prévues à l’avance, le plus souvent le résultat de véritables trafics.
Des amendes pouvant aller jusqu’à 375 000€ peuvent être prononcées, ainsi que des peines de 2 ans d’emprisonnement. À Marseille, une brigade de l’environnement a vu le jour en décembre 2021 afin de lutter contre ce fléau.